48 heures dans les coulisses du Havre

Colors on the beach - Le Havre
Moderne, inventive et toujours pleine de ressource, la cité portuaire normande du Havre tient en elle une véritable atmosphère. Cette ville qui s’est longtemps fait désirer au 20e siècle baigne aujourd’hui dans un renouveau perpétuel. La preuve en 48 heures chrono.

Le Havre, c’est avant tout une ville que l’on apprivoise. Comme un bon vin, elle se bonifie avec le temps. Pour prendre la température de son âme, ne pas hésiter à l’étudier sous toutes ses coutures, à battre le bitume au milieu des grandes avenues, appréhender ses perspectives, mettre les pieds dans le sable, sentir son air iodé et respirer. Situé à deux pas de Bruxelles, Le Havre peut désormais se targuer de figurer parmi les échappées normandes certifiées.

Place donc aux indispensables avec les vrais de vrais… ceux qu’on appelle les Havrais.

Le port de plaisance, objet de désir des architectes

Quand Thomas Malgras, directeur d’un « un Été au Havre (Lien externe)» nous explique que la ville est le premier port français à réceptionner le trafic de conteneurs (Lien externe), on comprend mieux le sens de cette immense sculpture aux couleurs de l’arc-en-ciel. Installée quai Southampton, au beau milieu du port de plaisance, La Catène de containers (Lien externe) contient 36 conteneurs grandeur nature assemblés en 21 arches monumentales. En déclinant son œuvre via des couleurs vives, Vincent Garnivet, artiste à l’origine de l’œuvre, s’inscrit dans la tradition de l’audace architecturale, initiée à la deuxième moitié du 20ème siècle. L’œuvre éphémère d’inspiration contemporaine a été érigée en 2018, à l’occasion des 500 ans de la ville.

Plongeon dans les Bains des Docks

Œuvre (très) remarquée de Jean Nouvel, le complexe aquatique du Havre inauguré en 2008 vient révolutionner l’art et la manière d’aller à la piscine. D’après le directeur Laurent Couvert, l’architecte français s’est largement inspiré des thermes romains. Une fois en maillot, on s’est laissé happer par le blanc éclatant de la mosaïque, ses 32 millions de petits carreaux et son alcôve colorée qui contraste avec le reste. Presque aussi grands qu’un port, les Bains des Docks (Lien externe) proposent 5000 m² de simplicité et de robustesse. À l’intérieur, les lignes épurées des 12 bassins rappellent presque les tableaux du peintre britannique David Hockney : le bleu en moins, le blanc en plus.

L’irruption Niemeyer à la Bibliothèque Municipale

Tout est parti d’un volcan (Lien externe) citadin, « made by » l’architecte brésilien, Oscar Niemeyer en 1982. Transformé en bibliothèque municipale, le nouvel endroit littéraire est installé en plein centre-ville du Havre. Sublimée plusieurs années plus tard par Auguste Perret, la Bibliothèque Municipale (Lien externe) est inscrite en 2005 au patrimoine mondial de l’UNESCO. Avec Serge Wanstock, directeur de la librairie La Galerne (Lien externe), on a parlé courbes, puits de lumières, escaliers aériens et accessoirement bouquins.

Escale impressionniste au MuMA

Trêve d’architecture, place à la culture. Éric Baudet, directeur de la communication du Musée Malraux (Lien externe) nous emmène dans les couloirs impressionnistes de ce grand cabinet d’art moderne. Inauguré en 1961 par l’écrivain et homme politique français, le musée abrite la 2ème collection impressionniste de France après le Musée d’Orsay. Oui oui, c’est le directeur lui-même qui le dit. Et ce n’est pas tout : le musée a pour particularité de représenter la quasi-totalité des peintres impressionnistes. Et tous, sans exception, seraient passés par le Havre. Il paraît même que Monet, Dubuffet, Friesz ou Braque y auraient élu domicile.

Parler coquillages et crustacés au Grignot

Parcourir Le Havre sans goûter à la mer, ce serait là aussi oublier l’essentiel. On s’est donc précipité dans une des brasseries les plus réputées de la ville, Le Grignot (Lien externe), spécialiste des fruits de mer. Dans un décor vieux bistrot, entre deux coquilles Saint-Jacques, on a échangé quelques mots avec Arnaud Samson, Havrais d’origine et restaurateur ici depuis 20 ans. Son succès ? Il le puise dans l’authenticité de ses produits maison et selon lui, « le fait de saison ». Quant aux plats qui remplissent tous les jours sa terrasse, sans hésiter, il répond : « Notre sole, nos crevettes grises et les inconditionnels plateaux de fruits de mer ». Au dessert, il en profite pour nous recommander ses deux marchés de prédilection : celui des halles (Lien externe) et celui aux poissons (Lien externe).

L’expérience new-yorkaise à l’église Saint-Joseph

En levant la tête vers l’édifice, « Empire State Of Mind » (Lien externe) d’Alicia Keys et Jay-Z commence à raisonner. Impossible de ne pas prêter à cette église des airs new-yorkais. C'est un fait, Saint-Joseph ressemble bien à l’Empire State Building. Comme un phare spirituel dans le paysage selon Thomas Malgras, l’Église Saint-Joseph (Lien externe) conjugue design et industriel. Avec ses 12 768 vitraux colorés, l’immense tour lanterne (107 m) est à l’image de la mesure et de la démesure new-yorkaise. Si, dehors, l’architecte Auguste Perret a su donner au béton toutes ses lettres de noblesses, à l’intérieur, on ne peut décrocher le regard des vitraux multicolores, savamment imaginés par le maître verrier Marguerite Huré.

Virée au vert dans les jardins suspendus de la ville

Avant de repartir, on a préféré le vert à la mer, ou peut-être les deux. Jérôme Le Bay, directeur du festival moZ’aïque, nous a donc emmené en haut du Havre, aux jardins suspendus (Lien externe), un vieux souvenir d’enfance. Du haut de la baie de Seine, face à la mer, l’endroit de 17 hectares est aménagé dans un ancien fort du 19ème siècle. Sur place, tout invite au voyage végétal et sensoriel. L’immense tapis vert, les serres, les flâneries déambulatoire. Un vrai petit poumon dans la ville.

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