La Monnaie de Paris, à pile ou face

C’est la plus ancienne des institutions françaises, la plus vieille entreprise du monde et, surtout, un palais néoclassique du genre monumental. Ce berceau d’artisanat, que l’on appelle « Monnaie de Paris », frappe des pièces pour la France depuis douze siècles. Aujourd’hui, le coffre-fort grandeur nature s’est spécialisé dans les objets d’art. Immersion.

En tête à tête avec le Louvre et le Pont Neuf, le 11 Conti (récent surnom depuis 2017) se laisse d’abord admirer pour son emplacement exceptionnel.

"On est là sur le bord de la Seine, face à l’un des plus beaux bâtiments néoclassiques de tout Paris. C’est une architecture différente. Une architecture pleine de manières de faire, de manières d’être très spécifiques, qui ont pour beaucoup d’entre elles, disparues du champ architectural", décrit Philippe Prost, architecte à l’origine de la réinterprétation contemporaine du bâtiment en 2014.

De la classe architecturale avant tout

Derrière une imposante façade de pierre de taille, le charme architectural opère par trois : un palais, une manufacture et un hôtel. Au début de la visite, on nous glisse dans l’oreillette que le bâtiment a été planté en 1775 par le brillant architecte Jacques-Denis Antoine. Avant d’atterrir sur la Rive gauche de la Seine, la Monnaie de Paris (Lien externe) aurait manifestement élu domicile dans d’autres endroits parisiens. Tels que l’île de la Cité en 864 (année de création de l’enseigne), le quatier des Lombards côté Rive droite de Paris, près du Louvre et rue de la Monnaie.

C’est aujourd’hui la première et dernière usine en fonctionnement avec pour particularité de ne produire que des objets d’art. Les euros courants étant créés dans l’usine de Pessac, près de Bordeaux.

Ici, tout est pensé dans le moindre détail. À l’intérieur, le style néoclassique est partout : au travers des colonnes, des cours extérieures, des plafonds sculptés et des proportions incroyablement harmonieuses. Plus qu’un prestigieux distributeur de pièces d’art et de médaille, ce palais dit « à l’Antique » est une petite merveille. D’ailleurs, à y regarder de plus près, on comprend vite que celui-ci a été pensé de manière fonctionnelle.

Car au cœur de cet ensemble massif et élégant, trône la reine du bâtiment. Celle qu’on appelle communément la manufacture. Centrée autour du Grand Monnayage (lieu de frappe des monnaies), celle-ci est accessible depuis le musée.

Un musée ultra soigné où flirtent douze siècles de sciences et techniques des métaux, trésors et histoire de l’art et une revue non moins détaillée de l’économie de la monnaie.

Du métal, du son et de la lumière

Observer, toucher, entendre, sentir… La visite du musée 11 Conti propose une généreuse expérience sensorielle. Entre corridors à l’allure minimaliste, tintements de pièces, bruit des machines, salles obscures et fabriques, il faut suivre scrupuleusement chaque étape de fabrication de la monnaie. Avec dans chaque espace, une vue plongeante sur les ateliers.

Au rez-de-chaussée, la promenade débute autour des studios de fonderie, de ciselure et de patine. On aime l’ambiance studieuse. S’en suit ensuite, à l’étage, une toute autre atmosphère. Plutôt minière, cette fois-ci. Dans cet espace aux murs laqués de noir est exposée une impressionnante collection de métaux. De l’or à l’argent en passant par le bronze, le fer, la platine, le nickel et le cuivre… : tout le monde est là. Qu’elle soit brute ou transformée, la matière première se révèle dans tous ses états.

" …le métal ; en maîtriser la forge, la fonte, en comprendre la physique ; créer le motif, jouer des pleins et des creux, associer matières, effets et couleurs ; échanger, symboliser, unir ; conserver, classer, thésauriser, exposer… s’émerveiller ! En somme, contraindre le métal à épouser nos besoins, nos désirs, nos rêves. "

Plus loin, c’est au tour de la grande manufacture de nous en mettre plein les yeux. Point névralgique du musée – pour ne pas dire du palais – l’atelier du Grand Monnayage invite ostensiblement à la contemplation. Assis sur un caisson, derrière l’immense vitrine de l’usine, on regarde ces fondeurs, estampeurs, graveurs, ciseleurs et patineurs s’affairer autour d’une chorégraphie parfaitement millimétrée. Un véritable must à découvrir.

En fin de parcours, ne pas manquer également de s’arrêter dans la salle des coffres. Toute de métal vêtue, celle-ci recèle de petites merveilles. La plus significative ? Le Trésor de la rue Mouffetard. Il comporte 3000 pièces d’or à l’effigie du Roi Louis XV, retrouvées en 1938 au moment de la démolition d’un immeuble du Ve arrondissement de Paris.

Et si après tout ça, l’envie vous prend de prolonger les flâneries, sachez que deux autres options, pour le moins détonantes, s’offrent à vous : l’exposition temporaire déjantée de l’artiste britannique Grayson Perry (Lien externe) , consacrée à la vanité, l’identité et la sexualité (jusqu’au 23 février 2019) ainsi qu’une pause (très) très raffinée au restaurant gastronomique du célèbre Chef Frenchy Guy Savoy (Lien externe) .


Adresse :
Monnaie de Paris
11, quai de Conti, 75006 Paris
Horaires : du mardi au dimanche de 11h à 19h
Nocturne le mercredi jusqu’à 21h

Promenade gratuite dans les cours et passages.
Visite guidée architecturale tous les dimanches à 17h.

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